Réseau social mon amour


réflexions / mardi, octobre 8th, 2019

(english version)

Ou petite réflexion sur nos vies parallèles dans le monde digital.

Ça commence toujours de la même manière. « Allez, juste 3 minutes ». Mon cerveau tente bien de protester vaguement : « hier-tu-as-dit-3-minutes-aussi-puis-finalement-c’était-vingt-cinq ».Mais c’est peine perdue. Je plonge dans l’océan des réseaux sociaux, et quand je ressors la tête de l’eau, une heure est passée, l’air de rien. Et en général, en revenant à la vie réelle, je réalise que je me sens seule, triste et angoissée. Et je me demande ce qui cloche chez moi et pourquoi, à nouveau, je suis tombée dans le piège. Encore, et encore, et encore.

Nous sommes tous tellement habitués à être « divertis » en permanence, que nous avons perdu l’habitude des tête-à-tête avec nos pensées. Et il suffit donc d’une seconde d’inaction pour que, par pur réflexe on clique sur l’icône. Addiction. Rituel. Petit check des comptes familiers. Lecture des posts, des commentaires, des images. Vérification de qui a aimé qui, et qui a dit quoi. Une jolie folie obsessionnelle et partagée.

Bien sûr, on essaie tous de la justifier autant que possible. Instagram par exemple est une source d’inspiration créative intarissable. J’ai enregistré des dizaines d’images, découvert des visages à photographier, des endroits de rêve, le travail de talentueux artistes. Des publications et des comptes passionnants, qui me permettent de rester informée sur tous les sujets qui me tiennent à coeur. Et voir toutes ces images m’a donné la motivation d’en créer plus moi-même, et m’a encouragée à sauter le pas en partageant publiquement mon travail.

Mais si je suis honnête, c’est aussi un puits sans fond, où toute ma confiance en moi est quotidiennement absorbée. Quand je passe trop de temps à sauter d’une page à l’autre et à faire défiler les images, je finis toujours par me sentir submergée. Par la vie des autres, leurs réalisations, leurs succès. Leur nombre de followers, leurs destinations de vacances, les gens qu’il·elle·s semblent connaitre. Si untel.le a décroché un super boulot, je suis envieuse. Si un·e autre a fait une belle série de photos, je suis admirative, et en parallèle je me sens nulle, et coupable de ne pas être plus productive. Comme un étrange narcissisme inversé où toutes les réussites des autres deviennent des preuves tangibles de tout ce que je n’ai pas accompli de mon côté.

On traque, on espionne, on fouille, on s’immerge dans ces aperçus de vies, parfois celles de parfait·e·s inconnu·e·s. On voit quelques images et quelques mots, et on tire des conclusions sur ce qui ne nous est pas montré. On apprend à connaître le masque et la fiction qu’il.elle.s souhaitent montrer au monde aussi bien que certain·e·s de nos ami·e·s les plus proches. Je ne connais pas ces personnes, elles ne me doivent rien, et pourtant l’intimité créée par le fait partager sa vie publiquement déforme toutes les relations. Je me sens autorisée à juger leurs contributions. A commenter leurs posts, leurs stories. A les contacter directement. Et je ne peux pas m’empêcher de me sentir un peu vexée si je n’ai pas de réponse. Nous avons oublié une règle essentielle des interactions sociales. On ne peut pas être ami avec tout le monde. Et on ne peut forcer personne à accepter notre amitié.

(Go where the love is, people)

A trop vouloir utiliser les réseaux sociaux comme outil professionnel (et n’ayant qu’une idée très vague sur la bonne façon de s’y prendre…) je me suis parfois perdue dans des stratégies sans fin et surtout inefficaces au possible. Au bout d’un moment j’ai réalisé que mon choix de personnes à suivre ou d’images à liker était devenu un calcul et plus seulement motivé par de l’interêt sincère et qu’il fallait que je change mes habitudes. Et même aujourd’hui, si mes photos n’ont pas assez de likes ou si je perds des followers, je me demande toujours si ce que je poste est « assez » bien. Dans l’excès inverse, si mes photos sont appréciées, cela me redonne confiance. Si les « bonnes » personnes me suivent ou réagissent à mon travail, c’est le boost d’ego assuré.

On dit qu’il ne faut pas passer trop de temps à regarder chez le voisin. C’est tellement vrai quand on parle des réseaux sociaux.Tout ce temps passé à observer la vie « parfaite » des autres et leurs réussites aurait pu être employé à apprécier ce que j’ai, et produire de nouvelles choses par moi-même. Je le sais. Tout le monde le sait. Et pourtant on continue à aller s’assurer régulièrement que l’herbe est effectivement plus verte ailleurs. L’ironie est que les 10k+++ followers ne sont évidemment pas le ticket gagnant vers une vie parfaite. Mais pour nos esprits manipulés, le nombre qui grandit est presque la promesse d’un futur plus heureux. Et pourtant, au bout du compte, nous sommes tous seuls derrière nos écrans.

J’ai écrit cet article il y a quelques mois, après un épisode particulièrement sévère d’apitoiement post check instagram. Ça a été assez thérapeuthique. Ecrire m’a permis de mieux voir l’absurdité et la futilité de ces considérations. Je ne dis pas que je ne suis plus affectée. Mais j’ai clairement pris du recul dans ma façon de les gérer.

Je me souviens avoir discuté avec quelqu’un qui m’a dit « je me sens tellement merdique à cause des réseaux sociaux. C’est sûr que ça doit arriver aux autres aussi ». Il y a quelques temps, j’ai regardé cette interview du chanteur Sam Smith par l’actrice Jameela Jamil. Ils ont discuté ouvertement de leurs propres insécurités, et du poids du regard et de l’opinion des autres. Ça a remis les choses en perspective pour moi, d’avoir la confirmation que même les gens les plus célèbres et talentueux étaient victimes de ce culte du paraître.

Aujourd’hui j’essaie de faire un deal avec moi-même.

  • Faire de mon mieux pour me concentrer sur ma vie et mon travail en premier lieu.
  • Prendre le bon des réseaux sociaux et de ne plus toucher au reste.
  • Apprécier les belles images et les textes, uniquement comme inspirations et rien d’autre.
  • Continuer à croire en mon travail et à le partager, quel que soit l’accueil qui lui est fait.
  • Etre reconnaissante d’avoir pu nouer des liens – des amitiés même, grâce à ces plateformes.
  • Ne jamais croire qu’une photo ou des mots représentent une vérité absolue, il y a TOUJOURS une face cachée à l’histoire…

Long way to go, mais ça vaut le coup d’essayer 🙂

 

 

Or our very own parallel digital lives.

Often, after spending 3 minutes that became an hour lost in the crazy social media ocean, I realize upon going back to real life that I am left feeling lonely, and with spiking anxiety poisoning my evening. And I wonder what the hell is wrong with me for letting this happen again and again and again.

It comes by waves. The craving to connect. It’s a true addiction, and even when you feel you are in control, it just takes a second of boredom or of pure reflex to plunge back. You click on the icon. And like a drug, you’re instantly hooked again. Checking the familiar accounts to see what is up in the digital world. Looking at posts, comments, images, who liked who, who said what. A never-ending shared social madness that we indulge in with all our hearts and a certain form of obsession.

We try to justify it as much as we can. Instagram for example is a great source of inspiration for me. I marked countless pictures for future reference, I discovered new faces I wanted to shoot, places I wanted to visit, people and magazines I was hoping to collaborate with. Work of amazingly talented and creative artists. Fascinating pages to keep up to date on subjects close to my heart. And having this constant inspiration stream just a click away gave me the motivation to shoot more for myself, and encouraged me to take the leap and put my own work out there as well.

But it has also been a bottomless pit where all my self-confidence is absorbed daily. When I spend too long lost in the maze, jumping from one account to the next and scrolling the feed endlessly, I always end up feeling somewhat insecure and overwhelmed. By other people’s lives, productions and successes. By their number of followers, the places they go to on holiday, or the people they seem to know. If someone scored a great job I am envious. If another one shot a beautiful story I am impressed, but feel at the same time worthless and guilty of not being more productive. This is a case of weird reversed narcissism, where every great artistic achievement out there becomes yet another living evidence of what I haven’t accomplished on my end. My brain is twisted.

We stalk, we spy, we pry, we immerse ourselves in other people’s lives, sometimes perfect strangers. We see a few images and words, and fill in the blanks with images of our own making. We get to know the face and fiction they want to show the world as well as we would some of our closest friends. I don’t know these people, they don’t owe me anything, and yet the intimacy created by the act of publicly sharing personal pictures and daily lives anecdotes distorts everything. I feel entitled to judge their contributions. To comment their posts and stories. To reach out directly. And I can’t help but feel a little bit hurt if I get no reply. We lost the first basic and essential rule of social interactions. You can’t be friends with everyone. And you can’t force anyone to be yours. 

(Go where the love is, people)

Trying to use social media as a professional tool (and being reeeallly confused about how to properly do so^^) I sometimes got lost in endless and ineffective time consuming strategies. At some point, I realised the choice of people I followed or pictures I liked had become calculated rather than only motivated by actual interest. It doesn’t help that my line of work has such a strong social component. Networking is (unfortunately) a big part of the job. If my pictures don’t get enough likes or if I lose followers, I worry they might be bad. But I also get a rush of confidence if my photos are appreciated. A nice ego boost if people react well to my posts. Or if the «  right »  person starts following me or checks my stories up… And that is scary.

The saying is to not spend too much time looking at your neighbor’s backyard. How true is that when we speak about social media. All this time spent on admiring the seemingly perfect lives and achievements of others could also have been spent enjoying what I have and producing some new stuff of my own.I know that. Everyone knows that. And yet we all fall back to this comforting habit of checking if the grass is indeed greener somewhere else. Funny thing is I am not so certain the 10k+++ number of followers is the golden ticket to a perfect life. But to our manipulated minds, growing numbers are almost like a promise of a better future. Yet, in the end, we are all alone behind our shiny screens.

I first wrote this article a few months ago. After a particularly bad episode of social media induced self-pity. It was a therapeutic exercise. Writing about all this made me more acutely aware of the absurdity and vacuity of social media in general. I am not saying it doesn’t affect me anymore, but I did take a step back from all of this in the way I handle it. 

I remember having a chat with someone who told me « I feel so shitty because of social media. Others must feel it too ».  A few weeks ago I watched this amazing interview of singer Sam Smith by actress Jameela Jamil. They talked openly about their own insecurities and about paying too much attention to what the others think and do. It put everything into perspective somehow, to know that even successful, talented, famous people were manipulated by our society to feel this way. Here I try to make a deal with myself.

  • To do my best to focus on my life and my work first.
  • To take the good of social media and leave the rest away.
  • To enjoy the beautiful images and texts as great inspirations and nothing else.
  • To keep believing in and sharing my work, regardless of the response.
  • To be grateful for the wonderful connections – friendships even, that I made through these platforms.
  • To never believe pictures or words to be absolute truths, there is ALWAYS more to the story…

Long way to go but worth a try 🙂

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