La page blanche


réflexions / dimanche, septembre 22nd, 2019

 
Premiers mots. Première phrase. Encore le démarrage qui coince.
 
J’ai toujours aimé écrire, et j’ai un nombre incalculable de débuts cachés dans mes tiroirs, mais je n’avais encore jamais dépassé le stade de brouillon. Timidité, paresse, manque de temps…  Je pourrais trouver mille raisons valables, mais la plus sincère est ma peur de ne pas être légitime pour raconter des histoires ou exprimer des idées publiquement – l’éternel syndrome de l’imposteur.
 
Plus jeune, j’écrivais des journaux intimes, en me sentant un peu ridicule et en priant pour que personne ne les trouve. J’avais peur, mais je continuais à poser mes idées sur papier malgré tout. Pour garder une trace, une connexion à l’adolescente que j’avais été. Pour être capable de me rappeler de tous les détails, toutes les émotions liées à une expérience. Pour être en mesure de revivre cette expérience, pas au travers d’un souvenir flou, mais comme une image vibrante et colorée tout droit sortie de ma boîte de nostalgies. Pour pouvoir dire avec certitude, j’ai vécu, j’ai ressenti, j’ai aimé. Et voilà ce qui s’est passé.
 
Jusqu’ici j’ai rarement écrit en public par peur de dire des choses fausses. En particulier sur les nombreux sujets controversés qui me passionnent ou me mettent en colère. Le féminisme. Le racisme. Les inégalités. La société et la psychologie. La vie. Tellement de sujets sensibles où tant de formulations peuvent être maladroites ou mal interprétées. Chaque fois que j’envisageais de m’exprimer, je pensais aux conséquences potentielles de mes paroles, et j’avais l’impression d’être devant un précipice sans fond. Et je finissais toujours par ranger l’idée dans un petit coin de mon esprit, en me disant que j’y reviendrais plus tard.
 
J’ai toujours peur de me tromper. J’ai conscience qu’il faut prendre le temps de réfléchir à la pertinence de ses propos, et ne pas écrire de façon trop impulsive. Mais j’ai une voix. Et elle compte. Aujourd’hui je sais que je peux – et que je dois – en faire usage. Je me suis souvent sentie déprimée et impuissante en lisant l’actualité. Mais j’ai aussi souvent trouvé du réconfort en réalisant grâce à des blogs que d’autres personnes avaient des expériences et des réflexions similaires aux miennes. Parce qu’ils avaient eu le courage de partager.
 
Utiliser notre voix est un premier pas vers l’action. Vers le dialogue. Le débat. Je suis enfin arrivée au point où je me sens capable d’écrire, d’accepter le risque d’avoir parfois tort, et de saisir les opportunités d’apprendre et d’échanger toujours plus.
C’est peut-être ça « grandir ». 

 


 

First words. First sentence. The beginning is the hardest part. 
I have always loved writing and have a tremendous amount of beginnings hiding in my drawers. But somehow I never saw any of these drafts through to the end. Fear, laziness, lack of time… But mostly not feeling legitimate about expressing stories, thoughts and ideas publicly and in writing. The fear of being judged never gets old, right ?
 
I used to write in diaries, all the while feeling cringy about the idea that someone might find them and read them. But I would keep on putting my thoughts on paper anyway. To keep a trace, a connection to a younger me. To be able to remember all the details, all the feelings surrounding an experience, and to be able to relive that experience, not as a blurry memory, but as a vivid colorful picture right out of my nostalgia treasure box. To be able to confidently say, I lived, I felt, I loved. And this is how it happened. 
 
I also very rarely wrote publicly for fear of getting facts wrong. Especially on the many controversial subjects I get passionate or angry about. Feminism. Racism. Inequalities. Society and psyche. Life. So many walking-on-eggshells topics where so much could be badly phrased or misinterpreted. Everytime I thought about speaking up, I ended up thinking of the potential consequences and felt like I was standing in front of a huge precipice. And so the idea would get stored far away in my mind for a little while longer. 
 
I am still afraid to make mistakes. I am aware of how important it is to think about how relevant our words are before putting them out there, and to avoid writing too impulsively.But I have a voice. As important as anyone else’s. And today I know I can – and should – use it. How many times browsing the internet or reading articles about the state of the world have I thought «it’s terrible, what can I do about this…». Or the other way around, felt comforted and happy to realize other people were experiencing the same things I was experiencing. Because they had been brave enough to share.
 
Using our voice is a little step towards action. It can create dialogue. Debate. I finally reached a point where I feel ready to take the chance of being wrong, and the opportunity to learn more. Maybe that’s what growing up is all about.

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