Réseau social mon amour


réflexions / mercredi, avril 3rd, 2019

Ou petite réflexion sur nos vies parallèles dans le monde digital.

Ça commence toujours de la même manière. « Allez, juste 3 minutes sur Insta ». Mon cerveau tente bien de protester vaguement que « hier-tu-as-dit-3-minutes-aussi-puis-finalement-c’était-vingt-cinq-puis-tiens-si-on-faisait-plutôt-la-compta-et-la-vaisselle ». Mais c’est peine perdue. Je clique, je plonge dans l’océan des réseaux sociaux. Et quand je ressors la tête de l’eau, une heure est passée, l’air de rien. Le pire est qu’en général, en revenant à la vie réelle après ces petites phases, je me sens seule, triste et angoissée… Et je me demande ce qui cloche chez moi et pourquoi, à nouveau, je suis tombée dans le piège. Encore, et encore, et encore.

L’envie irrépressible de se connecter arrive par vagues, et il suffit d’une seconde d’inaction, pour que, par pur réflexe je clique sur l’icône. L’addiction revient instantanément. Petit check des comptes familiers. Lecture des posts, des commentaires, des images. Vérification de qui a aimé qui, et qui a dit quoi. Une jolie folie obsessionnelle et partagée.

On essaie de la justifier autant que possible. Instagram, pour moi, est une source d’inspiration intarissable. J’ai enregistré des dizaines d’images, découvert des visages à photographier, des endroits de rêve, le travail de talentueux artistes. Des publications et des comptes passionnants, qui me permettent de rester informée sur tous les sujets qui me tiennent à coeur. Et voir toutes ces images m’a donné la motivation d’en créer plus moi-même, et m’a encouragée à sauter le pas, et à partager publiquement mon travail.

Mais si je suis honnête, c’est aussi un puit sans fond, où toute ma confiance en moi est quotidiennement absorbée. Quand je passe trop de temps à sauter d’une page à l’autre et à faire défiler les images indéfiniment, je finis toujours par me sentir submergée. Par la vie des autres, leurs réalisations, leurs succès. Leur nombre de followers, où ils partent en vacances, les gens qu’il·elle·s semblent connaitre. Si untel a décroché un super boulot, je suis envieuse. Si un·e autre a fait une superbe série de photos, je suis admirative, heureuse pour la personne, mais en parallèle je me sens nulle, et coupable de ne pas être plus productive. Comme un étrange narcissisme inversé où toutes les réussites artistiques des autres deviennent des preuves tangibles de tout ce que je n’ai pas accompli de mon côté. Mon esprit est tordu.

On traque, on espionne, on fouille, on s’immerge dans ces aperçus de vies, parfois celles de parfait·e·s inconnu·e·s. On voit quelques images et quelques mots, et on tire des conclusions sur ce qui ne nous est pas montré. On apprend à connaître le masque qu’il·elle·s souhaitent montrer au monde aussi bien que certain·e·s de nos ami·e·s les plus proches. Je ne connais pas ces personnes, elles ne me doivent rien, et pourtant l’intimité créée par le fait partager publiquement des anecdotes personnelles déforme toutes les relations. Je me sens autorisée à juger leurs contributions. A commenter leurs posts, leurs stories. A les contacter directement. Et je ne peux pas m’empêcher de me sentir un peu vexée si je n’ai pas de réponse. Nous avons oublié une règle essentielle des interactions sociales. On ne peut pas être ami avec tout le monde. Et on ne peut forcer personne à accepter notre amitié.

(Go where the love is, people)

A trop vouloir utiliser les réseaux sociaux comme outil professionnel (et n’ayant qu’une idée un peu floue de la bonne façon de s’y prendre…) je me suis parfois perdue dans des stratégies sans fin et surtout inefficaces au possible. Au bout d’un moment j’ai réalisé que mon choix de personnes à suivre ou d’images à liker était devenu un calcul et plus seulement motivé par de l’interêt sincère. Et aujourd’hui, si mes photos n’ont pas assez de likes, je me demande toujours si elles sont « assez » bien. Perdre des followers me donne l’impression que je n’arriverai jamais à rien, je n’en suis pas fière mais je ne peux pas empêcher ces pensées de me traverser l’esprit. Dans l’excès inverse, si mes photos sont appréciées, cela me redonne confiance. Si les « bonnes » personnes me suivent ou réagissent à mon travail, c’est le boost d’ego assuré. Terrifiant non ?

On dit qu’il ne faut pas passer trop de temps à regarder chez le voisin. C’est tellement vrai quand on parle des réseaux sociaux. Tout ce temps passé à observer la vie parfaite des autres et leurs réussites aurait pu être employé à apprécier ce que j’ai, et produire de nouvelles choses par moi-même. Je le sais. Tout le monde le sait. Et pourtant on retourne tous régulièrement vérifier si l’herbe est effectivement plus verte ailleurs. L’ironie est que les 10k+++ followers ne sont évidemment pas le ticket gagnant vers une vie parfaite. Mais pour nos esprits manipulés, le nombre qui grandit est presque la promesse d’un futur plus heureux. Et pourtant, au bout du compte, nous sommes tous seuls derrière nos écrans.

J’ai écrit cet article il y a quelques mois, après un épisode particulièrement sévère d’apitoiement post check instagram. Ça a été assez thérapeuthique. Ecrire m’a permis de mieux voir l’absurdité et la futilité de ces considérations et des réseaux sociaux en général. Je ne dis pas que je ne suis plus affectée. Mais j’ai clairement pris du recul dans ma façon de les gérer.

Je me souviens avoir discuté avec quelqu’un qui m’a dit « je me sens tellement merdique à cause des réseaux sociaux. C’est sûr que ça doit arriver aux autres aussi ». Il y a quelques jours j’ai regardé cette super interview du chanteur Sam Smith par l’actrice Jameela Jamil. Ils ont discuté ouvertement de leurs propres insécurités, et du poids du regard et de l’opinion des autres. Ça a remis les choses en perspective pour moi, de savoir que même les gens les plus célèbres et talentueux étaient manipulés par notre société et se sentaient aussi mal. Il n’y a  qu’à voir le contraste apparent entre les paroles de « La Thune » de la chanteuse Angèle, et son ascension et sa popularité fulgurante ces derniers mois.

Au fond j’avoue que même moi 
Je fais partie de ces gens-là 
Rassurée quand les gens ils m’aiment 
Et si c’est très superficiel 

Tout est dit.

Aujourd’hui j’essaie de faire un deal avec moi-même.

  • Faire de mon mieux pour me concentrer sur ma vie et mon travail en premier lieu.
  • Prendre le bon des réseaux sociaux et de ne plus toucher au reste.
  • Apprécier les belles images et les textes, uniquement comme inspirations et rien d’autre.
  • Continuer à croire en mon travail et à le partager, quel que soit l’accueil qui lui est fait (Accords Toltèques puissance mille !)
  • Etre reconnaissante d’avoir pu nouer des liens – des amitiés même, grâce à ces plateformes.
  • Ne jamais croire qu’une photo ou des mots représentent une vérité absolue, il y a TOUJOURS une face cachée à l’histoire…

Long way to go, mais ça vaut le coup d’essayer 🙂

 


Or our very own parallel digital lives.

Often, after spending 3 minutes that became an hour lost in the crazy social media ocean, I realize upon going back to real life that I am left feeling lonely, and with spiking anxiety poisoning my evening. And I wonder what the hell is wrong with me for letting this happen again and again and again.

It comes by waves. The craving to connect. It’s a true addiction, and even when you feel you are in control, it just takes a second of boredom or of pure reflex to plunge back. You click on the icon. And like a drug, you’re instantly hooked again. Checking the familiar accounts to see what is up in the digital world. Looking at posts, comments, images, who liked who, who said what. A never-ending shared social madness that we indulge in with all our hearts and a certain form of obsession.

We try to justify it as much as we can. Instagram for example is a great source of inspiration for me. I marked countless pictures for future reference, I discovered new faces I wanted to shoot, places I wanted to visit, people and magazines I was hoping to collaborate with. Work of amazingly talented and creative artists. Fascinating pages to keep up to date on subjects close to my heart. And having this constant inspiration stream just a click away gave me the motivation to shoot more for myself, and encouraged me to take the leap and put my own work out there as well.

But it has also been a bottomless pit where all my self-confidence is absorbed daily. When I spend too long lost in the maze, jumping from one account to the next and scrolling the feed endlessly, I always end up feeling somewhat insecure and overwhelmed. By other people’s lives, productions and successes. By their number of followers, the places they go to on holiday, or the people they seem to know. If someone scored a great job I am envious. If another one shot a beautiful story I am impressed, happy for them, but feel at the same time worthless and guilty of not being more productive. I am not proud of these feelings, but I can’t pretend they don’t exist. This is a case of weird reversed narcissism, where every great artistic achievement out there becomes yet another living evidence of what I haven’t accomplished on my end. My brain is twisted.

We stalk, we spy, we pry, we immerse ourselves in other people’s lives, sometimes perfect strangers. We see a few images and words, and fill in the blanks with images of our own making, probably pure fiction in most cases. We get to know the face they want to show to the world as well as we would some of our closest friends. I don’t know these people, they don’t owe me anything, and yet the intimacy created by the act of publicly sharing personal pictures and daily lives anecdotes distorts everything. I feel entitled to judge their contributions. To comment their posts and stories. To reach out directly. And I can’t help but feel a little bit hurt if I get no reply. We lost the first basic and essential rule of social interactions. You can’t be friends with everyone. And you can’t force anyone to be yours. 

(Go where the love is, people)

Trying to use social media as a professional tool (and being reeeallly confused about how to properly do so^^) I sometimes got lost in endless and ineffective time consuming strategies. At some point, I realized the choice of people I followed or pictures I liked had become calculated rather than only motivated by actual interest. It doesn’t help that my line of work has such a strong social component. Networking is (unfortunately) a big part of the job. If my pictures don’t get enough likes I worry they might be bad and that their «  failure » to get approval will reflect on people’s opinion of me. Losing followers somehow makes me feel like all my work will never amount to anything. I realize the absurdity of it, but I can’t help the feeling. But I also get a rush of confidence if my photos are appreciated. A nice ego boost if people react well to my posts. Or if the «  right »  person starts following me or checks my stories up… And that is scary.

The saying is to not spend too much time looking at your neighbor’s backyard. How true is that when we speak about social media. (btw, has anyone else here experienced a wave of guilt when discovering the « your activity » tab on Instagram and realizing this 5mn here and there could quickly amount to several hours a day ?). All this time spent on admiring the seemingly perfect lives and achievements of others could also have been spent enjoying what I have and producing some new stuff of my own.I know that. Everyone knows that. And yet we all fall back to this comforting habit of checking if the grass is indeed greener somewhere else. Funny thing is I am not so certain the 10k+++ number of followers is the golden ticket to a perfect life. But to our manipulated minds, growing numbers are almost like a promise of a better future. Yet, in the end, we are all alone behind our shiny screens.

I first wrote this article a few months ago. After a particularly bad episode of social media induced self-pity. I would say it was a bit therapeutic. Writing about all this made me more acutely aware of the absurdity and vacuity of social media in general. I am not saying it doesn’t affect me anymore, but I did take a step back from all of this in the way I handle it. 

I remember having a chat with someone who told me « I feel so shitty because of social media. Others must feel it too ».  A few days ago I watched this amazing interview of singer Sam Smith by actress Jameela Jamil. They talked openly about their own insecurities and about paying too much attention to what the others think and do. It put everything into perspective somehow, to know that even successful, talented, famous people were manipulated by our society to feel this way. It’s interesting to see the contrast between singer Angèle’s song « La Thune »  and her growing fame and popularity of these past months.

I have to admit even I
Am part of these people
Reassured when people love me
Even if it is superficial

It says everything.

Here I try to make a deal with myself.

  • To do my best to focus on my life and my work first.
  • To take the good of social media and leave the rest away.
  • To enjoy the beautiful images and texts as great inspirations and nothing else.
  • To keep believing in and sharing my work, regardless of the response (Toltec agreements anyone ?).
  • To be grateful for the wonderful connections – friendships even, that I made through these platforms.
  • To never believe pictures or words to be absolute truths, there is ALWAYS more to the story…

Long way to go but worth a try 🙂

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