La page blanche


réflexions / jeudi, novembre 1st, 2018

Premiers mots. Première phrase. Commencer est difficile.

J’ai toujours aimé écrire, et j’ai un nombre incalculable de débuts cachés dans mes tiroirs. Mais je n’ai jamais dépassé le stade de brouillon. Peur, paresse, autres projets qui dévoraient mon temps… Ou le sentiment de ne pas être légitime pour raconter des histoires, exprimer des pensées et des idées publiquement et par écrit. Peut-être tout cela à la fois. Nous sommes conditionnés à la peur du jugement.

Plus jeune, j’écrivais des journaux intimes, tout en me sentant mal à l’aise à l’idée que quelqu’un puisse les trouver et les lire. Mais je continuais à poser mes idées sur papier malgré tout. Pour garder une trace, une connexion à l’adolescente que j’avais été, innocente et moins expérimentée. Pour être capable de me rappeler de tous les détails, toutes les émotions liées à une expérience, et être en mesure de revivre cette expérience, pas au travers d’un souvenir flou, mais comme une image vibrante et colorée, qui aurait jailli de ma boîte de nostalgies. Pour pouvoir dire avec confiance, j’ai vécu, j’ai ressenti, j’ai aimé. Et voilà ce qui s’est passé.

Jusqu’ici j’ai rarement écrit en public par peur de dire des choses fausses. En particulier sur les nombreux sujets controversés qui me passionnent ou me mettent en colère. Le féminisme. Le racisme. Les inégalités. La condition humaine et la psychologie. La vie. Tellement de sujets sensibles où tant de formulations peuvent être maladroites ou mal interprétées. Chaque fois que j’envisageais de m’exprimer, je pensais aux conséquences potentielles de mes paroles, et j’avais l’impression d’être devant une énorme montagne à franchir. Et je finissais toujours par ranger l’idée dans un petit coin de mon esprit, en me disant que j’y reviendrais plus tard.

J’ai toujours peur de me tromper. J’ai conscience qu’il faut prendre le temps de réfléchir à la pertinence de ses propos, et ne pas écrire de façon trop impulsive. Mais j’ai une voix. Et elle compte. Aujourd’hui je sais que je peux – et que je dois – en faire usage. Combien de fois ai-je pensé « c’est horrible, mais que peut-on faire ? » en surfant sur internet ou en lisant des articles d’actualité. Et à l’inverse, je me suis parfois sentie réconfortée en réalisant que d’autres personnes vivaient des expériences similaires aux miennes et que je n’étais pas seule. Parce qu’ils avaient eu le courage de partager.

Utiliser notre voix est un premier pas vers l’action. Vers le dialogue. Le débat. Je suis enfin arrivée au point où je me sens capable d’écrire, d’accepter le risque d’avoir parfois tort, et de saisir les opportunités d’apprendre toujours plus, indépendamment du regard des autres. On pourrait y voir un début d’assurance qui se développe. Ou peut-être une forme de maturité. Pour le moment j’apprécie surtout cette nouvelle sensation de se reconnecter avec soi-même.

 


 

First words. First sentence. The beginning is always the hardest part. 

I have always loved writing and have a tremendous amount of beginnings hiding in my drawers. But somehow I never saw any of these drafts through to the end. Fear, laziness, other projects taking up all my time… Not feeling legitimate about expressing stories, thoughts and ideas publicly and in writing. Maybe a little bit of all that. The fear of being judged never gets old, right ?

I used to write in diaries, all the while feeling cringy about the idea that someone might find them and read them. But I would keep on putting my thoughts on paper anyway. To keep a trace, a connection to a younger me, more innocent, less experienced. To be able to remember all the details, all the feelings surrounding an experience, and to be able to relive that experience, not as a blurry memory, but as a vivid colorful picture right out of my nostalgia treasure box. To be able to confidently say, I lived, I felt, I loved. And this is how it happened. 

I also very rarely wrote publicly for fear of getting facts wrong. Especially on the many controversial subjects I get passionate or angry about. Feminism. Racism. Inequalities. Human condition and psyche. Life. So many walking-on-eggshells topics where so much could be badly phrased or misinterpreted. Everytime I thought about speaking up, I ended up thinking of the potential consequences and they felt like a huge mountain to climb. And so the idea would get stored far away in my mind for a little while longer. 

I am still afraid to make mistakes. I am aware of how important it is to think about how relevant our words are before putting them out there, and to avoid writing too impulsively. But I have a voice. As important as anyone else’s. And today I know I can – and should – use it. How many times browsing the internet or reading articles about the state of the world have I thought «it’s terrible, what can I do about this…». Or the other way around, felt comforted and happy to realize other people were experiencing the same things I was experiencing. Because they had been brave enough to share.

Using our voice is a little step towards action. It can create dialogue. Debate. I finally reached a point where I feel ready to take the chance of being wrong, and the opportunity to learn more, regardless of what others might think. It might be a form of newfound confidence. Or maybe it’s just what growing up is about. But so far I am enjoying the sense of reconnection with myself this new state of mind provides. 

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